Stanislav Grof
Objectifs et résultats de la psychothérapie transpersonnelle
Objectifs et résultats de la psychothérapie transpersonnelle
Psychologie transpersonnelle
28 janv. 2026



temps de lecture 20 minutes
Tiré du livre Psychologie Transpersonnelle
La définition traditionnelle de la santé mentale impliquait comme postulat fondamental un accord perceptuel, émotionnel et cognitif avec la représentation newtonienne-cartésienne du monde qui était considérée non seulement comme un cadre de référence pragmatique important, mais encore comme la seule description correcte de la réalité.
Une validation consensuelle des données concernant la réalité par des personnes saines d'esprit est un autre critère. Ainsi, si les données acceptées par deux ou plusieurs individus présentent un écart majeur par rapport à la représentation conventionnelle de la réalité, cette perception partagée sera toujours décrite en termes pathologiques, tels que folie à deux, folie à famille * superstition, hallucination collective, etc. Les distorsions individuelles mineures de la perception de soi ou des autres seront qualifiées de névroses si elle ne remettent pas sérieusement en question les postulats newtoniens-cartésiens essentiels. Les déviations substantielles et critiques seraient, elles, qualifiées de psy-choses.
La santé mentale est définie comme étant l'absence de psychopathologie ou de « maladie » psychiatrique; elle n'implique pas la jouissance et l'appréciation du processus de vie. Un individu menant une vie aliénée, malheureuse, désordonnée, dominée par un besoin de puissance excessif, de compétitivité exacerbée et par une ambition insatiable pourrait donc être considéré comme sain d'esprit pour autant qu'il ne souffre pas de symptômes cliniques manifestes. Nous avons vu en outre que certains auteurs incluent dans leurs critères de santé mentale des éléments tels que la fluctuation des revenus, la modification du statut professionnel et social, etc. Les observations de l'étude moderne de la conscience indiquent le besoin urgent d'une révision radicale des approches évoquées. Une nouvelle définition de la santé mentale compren-draít des éléments tels que la reconnaissance et la maturation des deux aspects complémentaires de la nature humaine : l'existence en tant qu'entité matérielle séparée et en tant que champ de conscience illimité. Selon le concept des deux modes de conscience (hylotropique et holotropique), une personne « mentalement saine » qui fonctionne exclusivement sur le mode hylotropi-que, même sí elle ne manifeste aucun symptôme clinique, est coupée d'un aspect vital de sa nature et ne mène pas une vie équilibrée et harmonieuse. Cet individu a une conception linéaire de l'existence dominée par des programmes de survie et considère la vie en fonction de priorités exclusives : moi, mes enfants, ma famille, mon entreprise, ma religion, ma patrie, ma race. Il est incapable d'envisager les « choses » dans un contexte holistique. La vie quotidienne ne lui procure aucune satisfaction. Seuls les projets compliqués qu'il échafaude sans cesse le soutiennent.
Cette approche de la vie engendre une incapacité à jouir de ce qui est disponible et une conscience douloureuse de ce qui fait défaut. Une telle stratégie de vie se manifeste chez des personnes ayant un esprit concret. Ces individus sont donc d'éternels insatisfaits et aucune possession, aucun succès ne leur apporteront jamais l'épanouissement. Les caractéristiques typiques de cette manière d'être sont le souci du passé et de l'avenir, une conscience limitée du moment présent et un intérêt exclusif pour la manipulation du monde extérieur associé à une aliénation par rapport au processus psychologique intérieur, une conscience douloureuse du peu de temps dont dispose homme pour mener à bien tous ses projets, un besoin excessif de contrôle, une incapacité à tolérer l'imperma-rale de la mort. nence de la vie, le processus de vieillissement et une peur viscé-En projetant ce mode empirique à une échelle sociale, on obtient une concentration sur des indices extérieurs et des paramètres objectifs en tant qu'indicateurs du standard de vie et du bien-être. On mesure volontiers la qualité de la vie par rapport aux biens matériels, plutôt que par rapport à la nature de l'expérience de vie et que par rapport à un sentiment subjectif de satis-faction. Qui plus est, cette philosophie a force de vérité. Ne pas comprendre l'absurdité de cette approche est sidérant. Ses caractéristiques — souci à court terme d'une croissance illimitée, orientation égoiste et compétitive, mépris des modes cycliques et des interdépendances holistiques dans la nature — créent une trajectoire fatale ou holocauste nucléaire et le désastre écologique sont les aboutissements logiques de l'avenir de la planète.
L'individu, qui tonctionne dans le mode de conscience holo-tropique, est incapable de considérer le monde matériel comme un cadre de référence obligatoire et tout-puissant. La réalité pragmatique de la vie quotidienne et le monde matériel tiennent de tillusion. L'incapacité à s'identifier au moi corporel et à vivre en tant qu'entité séparée du réseau cosmique conduit à négliger les regles tondamentales de l'existence. La perte des limites indi-viduelles, des coordonnées spatiales et temporelles et d'une appré-cation valable de la réalité représentent une menace grave à la survie. L'unité sous-jacente de toute existence qui transcende le temps et l'espace est la seule réalité. Tout est parfait ainsi; il n'y a rien à faire et nulle part où aller. Les besoins quels qu'ils soient sont inexistants ou totalement satisfaits. Un individu engagé dans le mode empirique holotropique doit être aidé par d'autres personnes qui prennent en charge ses besoins fondamentaux. Mentionnons à titre d'illustrations les nombreuses histoires de disciples s'occupant de leurs maîtres durant leur expérience samadhi ou satori.
Revenons, après cette introduction, au problème de la santé mentale. Nous disposons, contrairement à la psychiatrie traditionnelle avec sa dichotomie simpliste santé mentale / maladie mentale, de nombreuses alternatives à prendre en considération. La première étape consiste à exclure les maladies organiques susceptibles d'être les causes ou les détonateurs de désordres émotionnels. Si l'examen physique décèle une maladie dans le sens médical du terme, telle qu'une inflammation, une tumeur ou un trouble circulatoire du cerveau, une urémie, un déséquilibre hormonal grave, etc., le patient recevra un traitement médical spécifique.
Dans le contexte du cadre conceptuel présenté dans ce livre, un individu fonctionnant exclusivement sur le mode hylotropique pourrait au mieux être qualifié de « relativement sain d'esprit », même s'il ne présente aucun symptôme psychopathologique manifeste dans le sens conventionnel du terme. La forme extrême de ce mode de conscience, associée à une attitude matérialiste et athée à l'égard de l'existence, implique la répression des aspects vitaux et nourriciers de l'être et est en définitive insatisfaisante, destructrice et auto-destructrice. L'expérience de la conscience holotropique devrait être considérée comme une manifestation d'un potentiel intrinsèque à la nature humaine et non comme une psychopathologie. Sa forme pure renferme un potentiel valable en tant que phase transitoire à laquelle succède une bonne intégration : elle est toutefois irréconciliable avec les exigences de la réalité quotidienne, Sa valeur dépend donc de la situation, de la manière dont le sujet l'aborde et de sa capacité à l'intégrer.
Ces deux modes interagissent selon des manières qui perturbent l'existence quotidienne ou au contraire se fondent harmonieusement pour enrichir l'expérience de la vie. Les phénomènes névrotiques et psychotiques résultent d'un conflit non résolu entre ces deux modes; ils représentent des compromis. Leurs divers aspects — perceptuel, émotionnel, idéationnel et psychosomatique — sont parties intégrantes de la gestalt holotropique qui cherche à émerger. Le sujet en a conscience dès que le thème sous-tendant les symptômes est expérimenté et intégré. L'élément intrus appartient parfois à une expérience d'un autre contexte temporel, tel que l'enfance, un trauma biologique, l’existence intra-utérine, l'histoire ancestrale ou évolutive ou une incarnation précédente.
Il implique en d'autres circonstances la transcendance des barrières spatiales habituelles et prend la forme d'une identification consciente à d'autres personnes, à diverses formes animales ou végétales, à des matériaux ou encore à des processus inorganiques.
Le phénomène émergent est parfois étranger au monde phénoménal et aux coordonnées temporelles et géographiques habituelles; il représente alors divers produits transitoires caractéristiques des niveaux de réalité se situant entre la conscience cosmique indifférente et l'existence séparée des formes matérielles individuelles. Les rencontres vivaces ou l'identification totale avec des entités archétypes au sens jungien, ou la participation à des séquences mythologiques spectaculaires appartenant à cette catégorie de phénomènes.
La résolution des symptômes exige un passage empirique total dans le thème holotropique correspondant ; elle nécessite un contexte spécial avec un support thérapeutique inconditionné aussi longtemps que dure l'expérience inhabituelle. Le sujet retrouve automatiquement une conscience quotidienne lorsque ce processus est terminé. L'expérience totale du monde holotropique soulagera ou éliminera les symptômes, mais son engagement philosophique vis-à-vis du mode hylotropique deviendra plus lâche. Si la gestalt sous-jacente concerne une expérience péri-natale ou transpersonnelle, elle induira un processus d'ouverture spirituelle.
Cette nouvelle approche du problème des désordres émotionnels psychogéniques abandonne la pratique consistant à étique ter les individus en fonction du contenu de leur expérience. Cette tendance est due à la faculté avec laquelle nombre d'expériences considérées comme psychotiques peuvent être produites chez des individus choisis au hasard.
Il est évident que la manifestation spontanée de ces phénomènes est plus fréquente que ne l'imaginait la psychiatrie traditionnelle, qui a dissuadé bien des individus de confier - fût-ce à leurs amis ou à leurs proches — qu'ils avaient des expériences périnatales ou transpersonnelles. La psychiatrie, avec son approche la nature de l'expérience humaine.
Une fusion harmonieuse des deux modes ne déforme pas la réalité extérieure ; elle lui confère une saveur mystique. La personne engagée dans un tel processus est capable de répondre au monde comme s'il s'agissait d'un ensemble d'objets concrets et solides, mais elle ne considère pas que cette notion pragmatique soit la vérité ultime de la réalité. Elle expérimente bien d'autres dimensions supplémentaires opérant « en coulisses » et est sur un plan philosophique tout-à-fait consciente des diverses alternatives à la réalité ordinaire. Cette situation intervient lorsque l'individu est en contact avec les aspects homonymiques de la réalité mais qu'aucune gestalt holotropique ne lui dispute le champ empirique.
Le concept de la « santé mentale supérieure » est réservé aux individus qui ont atteint un équilibre entre ces deux modes de conscience complémentaires. Ils se sentent à l'aise avec l'un comme avec l'autre, ils les reconnaissent pour ce qu'ils sont, et ils les utilisent en fonction des circonstances. Il est absolument nécessaire de transcender les dualismes, en particulier celui de la partie et du tout. Un tel individu appréhende la réalité quotidienne avec sérieux et assume ses responsabilités personnelles et sociales, mais il connaît la valeur relative de cette perspective. L'identification au moi et au corps est souple et délibérée et non pas inconditionnelle, absolue et obligatoire.
L'intégration équilibrée des deux aspects complémentaires de l'expérience humaine tend à être associée à une attitude affirmative à l'égard de l'existence - non pas le statu quo ou quelque aspect particulier de la vie, mais le processus cosmique dans sa totalité. La capacité de jouir des aspects simples et ordinaires de la vie quotidienne, tels que des éléments de la nature, des relations ou des activités humaines, mais aussi se nourrir, dormir, avoir des relations sexuelles, etc., fait partie d'un fonctionnement sain. Cette aptitude à apprécier la vie est élémentaire et organi-que; elle est, en ces circonstances, indépendante des conditions de vie. Elle est parfois réduite à la joie d'exister ou à celle d'être conscient. Un individu, qui se trouve dans un tel état d'esprit, considérera comme un « luxe » toutes les facilités supplémentaires de la vie. En revanche, un individu qui ne possède pas cette harmonie empirique à l'égard de la vie ne pourra l'acquérir au moyen de succès extérieurs ou de possessions matérielles.
Une bonne intégration des modes hylotropique et holotropi-que permet d'être en contact avec les événements du monde maté. riel, mais également de les considérer comme des processus pour participer à la vie plutôt que comme des moyens d'atteindre des objectifs spécifiques. Le souci du moment présent efface la préoccupation pour le passé ou l'inquiétude à l'égard de l'avenir. La conscience de l'objectif est présente mais elle ne devient pas une obsession dominante tant que la tâche n’est pas accomplie. La célébration et la joie de la réussite constituent ensuite le contenu du moment présent.
L'attitude affirmative vis-à-vis de l'existence crée un « méta-cadre » qui permet d'intégrer de manière positive les aspects négatifs de la vie. L'attitude à l'égard de ce que la psychiatrie conventionnelle considère comme des symptômes de maladies mentales est plus importante que la présence ou l'absence de ces symptômes. Une attitude saine consiste à les appréhender comme des aspects intégraux du processus cosmique susceptibles de représenter une opportunité considérable de croissance personnelle et d'ouverture spirituelle. Ils fournissent une occasion de se libérer de l'hégémonie du mode de conscience hylotropique.
L'apparition de formes psychogéniques de psychopathologie indique que l'individu a atteint un point où la poursuite d'une existence unilatérale dans le monde hylotropique devient insupportable. Elle annonce l'émergence d'éléments holotropique et reflète la résistance à leur encontre. La psychiatrie interfère donc avec un processus qui, encouragé et mené à son terme, conduit à une manière d'exister épanouissante.
La nouvelle définition de ce qui est normal et de ce qui est pathologique ne se fonde pas sur le contenu et sur la nature de T'expérience, mais sur la manière de l'appréhender dans le cadre d'un soutien véritable se fondant sur la compréhension du processus. Le critère le plus important serait alors la qualité de l'intégration de l'expérience dans la vie de l'individu. La grande contribution d'Abraham Maslow à la psychologie fut d'avoir démontré que certaines expériences mystiques ou « paroxystiques » ne doivent pas être considérées comme pathologiques et peuvent être abordées dans un contexte positif. Cette notion peut être élargie à tous les phénomènes périnatals et transpersonnels.
Il est toutefois absolument essentiel de créer à cette fin des circonstances et des milieux spéciaux pour confronter de telles expériences, où les conditions et l'ensemble des règles diffèrent de ceux de la réalité quotidienne. Une confrontation totale avec le matériau émergent dans un cadre et des circonstances appropriés libérera le sujet de l'angoisse née du conflit entre ces deux modes empiriques. L'application systématique de ce principe dans la vie et l'ouverture à un relation dialectique et harmonieuse entre les deux modes de conscience fondamentaux semble être un réquisit nécessaire à une bonne santé mentale.
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Si comme moi l'expérience consciente te passionne, si tu as une question, un projet ou simplement l'envie d'échanger sur la conscience, la perception ou notre rapport au monde...
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