Bernadette Blin
L'ego, cadeau et blessure
L'ego, cadeau et blessure
Psychologie transpersonnelle
30 mars 2026

temps de lecture 12 minutes
Tiré de Guérir l’ego, révéler l’être
LE PETIT DE L'HOMME, lorsqu'il commence son aventure terrestre est dépourvu d'ego. Il n'a pas conscience d'être qui il est, ni même d'être quelqu'un. Il est encore, selon l'expression de Richard Moss, immergé dans un « fond d'être indifférencié. » « Le fond d'être est un état hypothétique de vitalité infinie, une condition dynamique où, du point de vue énergétique et psychique, tout est à l'état de potentiel et rien n'est encore formé. L'émergence de l'ego est un incroyable mystère de la nature. » « Quand le bébé souffre, c'est le monde entier qui souffre, s'il est heureux, le monde entier baigne dans l'harmonie. C'est encore la symbiose avec la mère. Et pas à pas, il va développer une conscience d'être, une conscience de soi basée sur l'idée d'un moi séparé. C'est la seule manière pour nous de pouvoir expérimenter le fait même de prendre conscience. Prendre conscience ou avoir conscience d'être conscient signifie « entrer en relation et il ne peut y avoir de relation s'il n'y a pas deux. » Et c'est bien tout le paradoxe de ce qu'est T'aventure humaine qui se révèle dans ce mouvement dialectique entre l'ego et l'être. Le chemin de notre incarnation est inséparable de l'histoire de la création de l'ego, cette identité particulière que nous allons appeler « je ». D'un certain point de vue, la création de notre ego est un immense cadeau, c est la seule manière que le « Créateur » ou lintelligence de la vie ait trouvé pour nous permettre de vivre laventure de la conscience. C'est ce que Richard Moss appelle le « Premier Miracle ». L'histoire du Premier Miracle est « l'histoire de la naissance de l'ego et de son serviteur, l'intel-lect, avec sa capacité étonnante à évaluer, à nommer, à classer et à juger. » Sans ego, pas de mouvement de vie, pas d'évolution, pas de relation, personne pour parler de l'aventure de la conscience. « En fait, il est impossible de devenir conscient de quelque chose sans s'en séparer au préalable. Pensez au vent un instant. Si vous vous déplacez à la vitesse du vent, vous ne le sentez pas. Pour en devenir conscients, vous devez lui résister, le repousser. C'est ce qu'est l'ego : le « Je » qui repousse le Tout. Il doit se désolidariser d'une intimité Auide avec l'Existence et c'est ce qui paradoxalement nous permet de devenir conscients de l'Existence. L'ego naît du contraste : il exige la séparation ; il a besoin de l'interaction. Il donne naissance à la volonté propre et au premier discernement : oui ou non. Et il peut être menacé. La séparation est devenue notre essence, et avec elle vient la souffrance et tout ce que nous pouvons faire pour l'éviter. »
Nous croyons que, grâce et à cause de notre ego, nous sommes embarqués dans une aventure que nous avons quelque part choisie et décidé de vivre, l'aventure de l'incarnation humaine. Et si cette aventure peut être belle et exaltante, elle comporte aussi son lot d'épreuves et de souffrances. L'ego est ce merveilleux outil mis au service de notre conscience et qui est aussi devenu notre pire ennemi dans la mesure où tout, dans notre psyché et dans notre vie, est placé sous sa tutelle. Comme le dit John Welwood « l'ego est un prétendant au trône ; il s'assied sur le siège du vrai souverain qu'est notre vraie nature, notre être plus vaste. » Notre ego est devenu qui nous croyons être, il nous définit, nous donne une identité soutenue par le fait que nous avons un corps et ce corps, nous le savons bien par expérience, nous donne une existence séparée des autres. Et cette séparation même est à la base de la souffrance. Nous nous sentons fragiles, vulnérables, incertains et notre vie devient un long parcours de recherche de tous les moyens possibles pour éviter la souffrance et même la conscience de la souffrance. L'ego a une intelligence prodigieuse et une créativité incessante pour nous faire croire toutes sortes d'histoires dont le but caché est de maintenir un sentiment d'exister, une identité aussi bancale et misérable soit-elle.
L'ego est un cadeau et une blessure, il est un moyen et un obstacle, il est une réalité et une imposture, il est au cœur de toutes les contradictions qui nous agitent. Il est celui en nous qui cherche la solution à nos problèmes alors qu'il « est » le problème, ou plus exactement, il le devient car nous y sommes accrochés et totalement identifiés, fixés. Nous avons besoin de lui pour faire l'expérience de la conscience d'être et lorsque certains (rares) parmi nous plongent dans cet océan de la conscience, et vivent ce qu'on appelle une expérience d'éveil, la réalité de l'ego séparé s'efface pour faire place à la vastitude de l'être. Même s'il réapparaît ensuite, plus rien n'est jamais comme avant.
Lego, de par sa nature-même, se sait menacé et va passer sa vie, la nôtre, à élaborer des stratégies pour ne pas rencontrer sa plus grande peur, qui est celle de l'anéantissement, de la mort. « Du point de vue de l'ego, tout vaut mieux que la disparition, la mort, même la souffrance, même la terreur, même le désespoir sont préférables, car il y a toujours un « je » dans ces expériences, même les plus difficiles. » Et tant qu'il y a un « je », l'ego même malmené, est sauf. Il va peu à peu définir les contours de notre vie, les frontières de ce qui est acceptable ou non, de ce qui est menaçant ou non pour notre identité. Il va justifier nos souffrances et nos manques, nous placer en victimes, projeter la responsabilité de ce qui nous arrive sur les autres et surtout nous faire rechercher la solution là où nous serons sûrs de ne jamais la trouver car, d'une certaine façon (dans sa compréhension limitée et conditionnelle des choses), l'issue passe par ce qu'il lui semble être une annihilation. Il est très désireux de trouver le bonheur mais il nous met dans l'impasse, car l'idée que l'ego se fait du bonheur est, à peu de choses près, ce qui a conduit l'humanité là où elle en est, c'est-à-dire dans une situation qui semble très critique. L'image du bon-heur, selon « maître ego » va consister à tout faire pour nous mettre en sécurité et combler nos besoins le plus souvent infantiles. Pour nous sentir en sécurité, il va nous falloir, par exemple, une maison, un métier, un bon revenu, de l'épargne, un compagnon ou une compagne qui nous aime et nous comprenne, des amis avec qui partager, etc. La liste est sans fin, tant le problème est effectivement sans fin. Or, tant que nous chercherons à être en sécurité, nous demeurerons fragiles puisque cette sécurité peut nous être retirée à tout moment. Au niveau de conscience de notre ego, nous connaîtrons au mieux des instants de bonheur ou de satisfaction qui seront vite balayés car un nouveau cycle frustration / besoin / désir / recherche de satisfaction va émerger. Et dans l'idée de la séparativité, l'autre peut être soit une ressource, soit une menace, d'où des relations d'alliance ou d'agression, définies par la perception que notre ego aura de son intérêt. Tout ce système, qu'il soit psychologique et individuel ou social et collectif, est basé sur la peur.
Dans sa vision du monde, l'ego ne cesse de mettre en place des nouvelles stratégies pour échapper à la peur. Une démarche thérapeutique et même une quête spirituelle sont au départ vues par l'ego comme des moyens de sortir de ces cycles de souffrance en trouvant des solutions, des « remèdes » à ce qui ne va pas. Il n'a pas la moindre idée de la menace que représentent pour lui ces démarches, bien qu'il se sente toujours menacé, et de par sa nature-même, il ne trouvera jamais le repos. « L'ego contient en son cœur même une panique vis-à-vis de l'absence d'ego, une réaction angoissée à l'ouverture inconditionnelle qui sous-tend chaque instant de conscience. [...] L'angoisse existentielle s élève comme un sentiment de mort imminente, une réalisation naissante que le moi n'est en rien solide, qu'il n'a pas de support véritable et qu'il est constamment menacé par la possibilité de se dissoudre dans la base d'être dénuée d'ego, d'où il provient. »
Pour aller plus loin
Si comme moi l'expérience consciente te passionne, si tu as une question, un projet ou simplement l'envie d'échanger sur la conscience, la perception ou notre rapport au monde...
N'hésite pas à me contacter par mail ou messenger.

Pour aller plus loin
Si comme moi l'expérience consciente te passionne, si tu as une question, un projet ou simplement l'envie d'échanger sur la conscience, la perception ou notre rapport au monde...
N'hésite pas à me contacter par mail ou messenger.

Pour aller plus loin
Si comme moi l'expérience consciente te passionne, si tu as une question, un projet ou simplement l'envie d'échanger sur la conscience, la perception ou notre rapport au monde...
N'hésite pas à me contacter par mail ou messenger.
