Stanislav Grof

Psychiatrie et religion

Psychiatrie et religion

Psychologie transpersonnelle

23 janv. 2026

temps de lecture 8 minutes

Tiré du livre Psychologie Transpersonnelle

L'attitude de la psychiatrie et de la psychologie traditionnelles à l'égard de la religion et du mysticisme est déterminée par l'orientation mécaniste et matérialiste de la science moderne. Dans un univers où la matière est primordiale et où la vie et la conscience n'en sont que les produits accidentels, il ne peut y avoir une reconnaissance véritable de la dimension spirituelle de l'existence. L'illumination consiste à accepter son insignifiance personnelle en tant qu'habitant de l'un des innombrables corps célestes d'un univers comptant des millions de galaxies. Selon cette optique, nous ne sommes que des animaux hautement déve-loppés, des machines biologiques composées de cellules, de tissus et d'organes. Une compréhension scientifique de l'existence stipule que la conscience est une fonction physiologique du cerveau et que la psyché est gouvernée par des forces inconscientes de nature instinctuelle.

On reconnaît que trois révolutions majeures dans l'histoire de la science révélèrent aux êtres humains la place qui est la leur dans l'univers. La première fut la révolution copernicienne, qui renversa la croyance selon laquelle la terre était le centre de l'univers et l'humanité y occupait une place particulière. Il y eut ensuite la révolution darwinienne, qui mit fin à la conviction voulant que l'homme occupât une position unique et privilégiée parmi les animaux. La révolution freudienne réduisit enfin la psyché à un dérivé d'instincts fondamentaux.

La psychiatrie et la psychologie, régies par une vision mécaniste du monde, sont incapables de faire la différence entre les croyances religieuses superficielles qui caractérisent les religions institutionnelles et la profondeur des traditions mystiques pures ou des grandes philosophies spirituelles. La science occidentale néglige le fait que ces traditions sont le résultat de siècles de recherche sur l’esprit humain qui associèrent l'observation systématique, l'expérimentation, et la construction de théories selon un processus évoquant la méthode scientifique.

La psychologie et la psychiatrie occidentales rejettent donc toutes formes de spiritualité, les considérant comme non-scientifiques, aussi sophistiquées et bien fondées soient-elles. La spiritualité est assimilée à la superstition primitive, à un manque d'éducation ou à une psychopathologie clinique. Une croyance religieuse est plus ou moins tolérée par les psychiatres lorsque de nombreux individus la partagent et qu'elle se perpétue au sein d'une culture.

On attribue volontiers le respect de la spiritualité des peuples sous-développés à l'ignorance, à un sentiment de culpabilité infantile et à la superstition. Une telle interprétation serait hors de propos dans notre société, en particulier lorsque cette attitude est observée chez des individus jouissant d'une bonne éducation et ayant une intelligence supérieure. La psychiatrie se tourne alors vers les découvertes de la psychanalyse qui suggèrent que les origines de la religion sont à rechercher dans les conflits irrésolus de l'enfance et de la prime enfance. Le concept de divinité reflète, dans ce contexte, la représentation infantile des figures parentales; les attitudes des « croyants » à leur égard sont des signes d'immaturité et de dépendance et les activités rituelles trahissent une lutte avec des pulsions psychosexuelles menaçantes, comparables à celles enregistrées dans les névroses obsessionnelles.

Les expériences spirituelles directes, telles que les sentiments d'unité cosmique, les séquences de mort/re-naissance, les visions de lumière d'une beauté surnaturelle, les souvenirs d'incarnations passées ou les rencontres avec des personnages archétypes, sont considérées comme des déformations psychotiques grossières de la réalité objective trahissant un processus pathologique grave ou une maladie mentale. Nul ne concevait dans le domaine de la psychologie que ces phénomènes puissent être abordés d'une manière différente jusqu'à la publication du travail de Maslow.

Les théories de Carl Gustav Jung et de Roberto Assagioli, qui abondaient dans le même sens, se démarquaient trop du courant académique pour avoir un impact significatif. La science mécaniste considère les expériences spirituelles quelles qu'elles soient comme des phénomènes pathologiques. Le courant principal de la psychanalyse interprète les états unitifs et océaniques des mystiques comme les expressions d'une régression vers un narcissisme primaire et un désarroi infantile. Il assimile la religion à une compulsion obsessionnelle. Franz Alexander, un éminent psychanalyste, écrivit un article dans lequel il qualifiait les états accessibles par la méditation bouddhistes de catatonie provoquée. Les grands chamans de diverses traditions aborigènes ont été décrits comme étant des schizophrènes ou des épileptiques et diverses étiquettes psychiatriques ont été attribuées aux saints, aux prophètes et aux maîtres religieux. De nombreuses études scientifiques décrivent les similitudes entre le mysticisme et les maladies mentales, rares sont toutefois celles qui se concentrent sur les différences existant entre la vision mystique du monde et les psychoses. Un rapport récent du Group for the Advancement of Psychiatry affirme que le mysticisme est un phénomène intermédiaire entre la normalité et la psychose.

D'autres études discutent ces différences en termes d'opposition entre psychose ambulatoire et psychose flamboyante. Certaines insistent sur le contexte culturel qui a permis l'intégration d'une psychose particulière à l'édifice social et historique. Ces critères psychiatriques sont appliqués sans discrimination, y compris aux grands maîtres religieux tels que Bouddha, Jésus, Mahomet, Sri Ramana Maharashi, ou Ramakrishna.

Cette propension résulte en une situation particulière à notre culture occidentale. Il existe toujours dans certaines communautés de considérables pressions psychologiques, sociales voire politiques qui encouragent les individus à fréquenter régulièrement une église. On trouve la Bible dans de nombreuses chambres d'hôtel. Maints politiciens éminents évoquent Dieu ou la religion dans leurs discours. Or, si un membre d'une congrégation religieuse institutionnalisée vivait une expérience mystique profonde, il est probable que le ministre de son culte l'adresserait à un psychiatre.

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