J. Foster & J. Welwood

Les dimensions personnelle et impersonnelle

Les dimensions personnelle et impersonnelle

Psychologie

5 janv. 2026

temps de lecture 12 minutes

Jeff Foster

"Quoi que soit l’impersonnel, il s’exprime en réalité en tant que personnel, et la liberté véritable ne peut pas venir au travers du déni ou du rejet de l’histoire personnelle – il est en réalité au cœur de cette histoire, au cœur du désordre de l’existence humaine. C’est là que brille la grâce. Pensez à Jésus sur la croix. Là, au cœur de la souffrance la plus terrible – exactement au centre des os cassés, de la peau et des muscles déchirés, le Divin brillait, impersonnel et libre. Jésus était absolument humain et dans cette humanité, absolument divin. Il n’a pas trouvé la liberté en s’échappant de la croix, en rejetant le personnel. Non – la liberté, Dieu, la complétude était exactement là au centre de la croix, où la vie et « ma vie » se croisent et se détruisent. La liberté était, et est, la vie-même. Nous, nous tous, vivons au centre de ce croisement – là, où la verticale (ce qui est au-delà du temps et de l’espace) rencontre l’horizontale (le temps et l’espace), où le véritable impersonnel (l’espace ouvert dans lequel apparaît cette histoire) rencontre le personnel (l’histoire de « moi »). Et cela va jusqu’au point de ne plus pouvoir utiliser les mots « personnel » et « impersonnel », car vous n’avez aucun moyen de les séparer. Où commence l’un et finit l’autre? Peut-être n’existe-t-il pas de ligne de séparation – au centre de la croix, il n’y a peut-être que l’Un. Ce que je suis vraiment est peut-être inséparable de la vie-même, peut-être ai-je toujours été ce que je désire tant… peut-être… Dans mon histoire (oui, une histoire apparaît ici – qui pourrait le contester ?) j’ai passé des années à repousser le personnel, essayant de me débarrasser de mon histoire personnelle, de m’installer dans l’Absolu, de rejeter le « quelqu’un » et de devenir « personne ». Jeff était l’ennemi, je devais m’en débarrasser. Le soi personnel était le diable, et seulement par la destruction du diable je pourrais rencontrer Dieu. L’ego était le mensonge à éliminer, ou du moins c’était ce que je croyais à l’époque. J’avais lu un grand nombre de livres spirituels et j’étais arrivé à des conclusions sur la réalité – ne réalisant pas que mes conclusions étaient en réalité des croyances personnelles. Les êtres humains sont des créatures étonnantes. Nous pensons avoir trouvé la vérité objective, alors qu’en fait nous nous sommes reposés sur une croyance subjective et nous l’avons oublié.(...)

La façon dont je parle de la non-dualité a ainsi vraiment changé au fil des ans, elle a évolué jusqu’à incorporer cette vision fondamentale de la non-séparation entre ce que l’on appelle « le personnel » et « l’impersonnel ». J’avais l’habitude de parler beaucoup plus du point de vue de l’Absolu – la perspective océanique : ni moi, ni vous, ni monde – et je le fais encore parfois, mais seulement à certains moments et dans certains contextes, lorsque cela semble approprié. Du point de vue de l’océan, il n’y a ni temps, ni espace, rien à faire et nulle part où aller, car l’océan est au-delà de toutes ces divisions. Cependant au même instant, la vérité ultime s’exprime en tant qu’espace et temps, en tant qu’apparence des vagues, en tant qu’apparence de quelqu’un dans un monde. Il n’y a ni vous, ni moi, mais il existe l’apparence de vous et moi – c’est là où nous vivons, où nous nous rencontrons : dans l’apparence. Vous n’existez pas, et pourtant vous êtes, c’est pourquoi je peux vous aimer. Je ne suis pas ici en tant qu’entité séparée, pourtant je suis ici, indéniablement, tout comme vous. Ce que je suis (en tant qu’océan) est au–delà de l’histoire, et pourtant indéniablement l’histoire apparaît (la vague) – et en tant que vague, je n’ai pas besoin de rejeter l’histoire ou prétendre qu’elle n’existe pas – comment une histoire pourrait-elle en nier une autre ? Je danse et joue en tant que vague, me connaissant à tout moment comme l’océan, sans aucune contradiction. Cela n’apparaît comme un paradoxe que pour le mental qui cherche… Ainsi ce qui est vu actuellement est que la non-dualité n’est pas le rejet de la dualité, mais sa célébration ­– une célébration si complète qu’il n’est pas même possible d’utiliser les mots « non-dualité » et « dualité » séparés l’un de l’autre. Quelqu’un et personne sont en réalité un – ils n’ont jamais été deux. S’il n’y a « personne » c’est la crucifixion, et lorsque « quelqu’un » apparaît c’est la résurrection. La crucifixion nécessite la résurrection pour être complète. Ainsi l’Advaita radical n’est que partiellement vrai – jusqu’à ce qu’il se complète avec sa réflexion. (...) La véritable liberté dit-il "n'est pas de fuir le personnel pour l'impersonnel - elle est à trouver au coeur même de l'expérience humaine la plus intime. Quel soulagement d'être à nouveau un être humain qui vit, respire, de permettre à la vie de s'exprimer à travers ce nom et cette forme humaine, à ravers cette magnifique expérience personnelle et de savoir que ce n'est rien d'autre que l'impersonnel, qui joue, danse et se réjouit à chaque instant."


John Welwood, extrait de DUALITE ET NON-DUALITE DANS L'EXPERIENCE HUMAINE

"En règle générale, les traditions orientales ne prennent en compte que (...) deux plans de l'existence - subhumain et trans-humain, samsara et nirvana, égocentrique ou impersonnel - et envisagent la libération comme une délivrance de la condition humaine. En revanche, les traditions spirituelles occidentales (...) mettent plus l'accent sur le fait d'incarner pleinement notre humanité, avec toute sa précarité et sa vulnérabilité. Elles s'intéressent plus à accomplir le sens de cette incarnation qu'à la dépasser ou à s'en délivrer. Au lieu de mettre l'accent sur l'impersonnel, l'Occident se focalise sur l'humanité en tant que véhicule en évolution à travers lequel le divin peut progressivement se manifester dans l'existence terrestre conditionnée. (...) Ce qui signifie s'engager pleinement dans les relations et les situations existentielles dans lesquelles nous nous trouvons, et contribuer à transformer ce monde. (...)

Être pleinement humain est un défi et une source de confusion, car cela implique de vivre sur différents plans de réalité en même temps. Cela demande de cultiver un certain goût du paradoxe - de savoir apprécier à quel point des vérités très différentes peuvent être vraies en même temps. En réalité, cette qualité multi-dimensionnelle de notre expérience est la source de toute créativité et de toute grandeur humaine. (...)

L'existence humaine étant un pont qui relie deux mondes - absolu et relatif, liberté et limitation, indestructibilité et vulnérabilité - elle requiert la capacité d'une double vision, où nous reconnaissons comment deux vérités opposées peuvent être toutes les deux vraies en même temps. D'un côté, à la lumière de la vérité absolue (ou transcendante), le jeu de la dualité est illusoire parce que le soi et l'autre ne sont pas vraiment séparés : même si deux vagues paraissent séparées et distinctes, elles ne sont que les pulsations d'un seul et même océan. De l'autre, chaque vague est distincte, avec ses propres caractéristiques uniques. C'est la vérité relative (ou immanente). C'est la perspective du surfer qui doit tenir compte de la qualité spécifique de chaque vague s'il veut la négocier avec habileté et ne pas mettre sa vie en danger.

La vérité transcendante - que les vagues séparées ne sont qu'une apparence - est ce qui est vrai dans les profondeurs. La vérité immanente - que chaque vague est différente et unique - est ce qui est vrai à la surface. Une perspective spirituelle équilibrée honore à la fois ces deux vérités.(...)

Une vue non duelle, qui n'accorde aucune réalité au niveau psychologique et au monde phénoménal, est incapable de reconnaître la moindre portée au dialogue entre Je et Tu, à l'appréciation de l'autre, ou à la relation intime. D'un autre côté, une approche purement immanente comme celle de Buber, ne reconnaît pas le rôle important de la transcendance - la capacité à dépasser le domaine personnel du dialogue pour faire l'expérience du silence absolu et impersonnel. Nous avons besoin d'une perspective plus englobante qui apprécie simultanément le transcendant et l'immanent, l'absolu et le relatif, le vide et la forme, l'impersonnel et le personnel. C'est cette compréhension que l'on retrouve, à divers degrés, dans le Tantra bouddhiste et hindou, dans le zen, dans le shivaïsme du Cachemire, dans le soufisme et d'autres traditions, qui diffèrent selon l'accent qu'elles mettent sur l'équilibre entre ces deux vérités. C'est une perspective qui peut pleinement embrasser le paradoxe, car elle reconnaît que nous vivons en même temps dans la forme et au-delà de la forme.''

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