Jean-Marc Mantel

Le sacré en psychologie et psychopathologie

Le sacré en psychologie et psychopathologie

Psychologie

5 janv. 2026

temps de lecture 10 minutes

Tiré de: Au cœur de l’impensable

Parler du sacré, c'est se référer à la dimension éternelle propre à notre nature essentielle. Cette dimension habite le regard, le toucher, le mouvement et l'expression. Vivre le sacré signifie demeurer consciemment dans cet espace sans fin, connaisseur du temps, mais transcendant le temps. Dans cette qualité d'être, la notion d'individualité perd toute consistance. La pensée moi-je a réintégré sa source, libre de toute identification à une idée, image ou concept.

Dans le domaine de la psychologie, la souffrance se rattache toujours à un connaisseur de la souffrance, une entité appelée « moi » qui est censée expérimenter la souffrance. « Je souffre ». La souffrance est un objet d'observation comme un autre. Elle s'exprime sur un plan corporel, émotionnel ou psychique, mais se réfère toujours à un moi-je qui souffre. Lorsque l'attention se déplace de la souffrance vers le connaisseur de la souffrance, une question s'impose d'elle-même : « Quel est ce moi-je qui souffre? De quoi s'agit-il et de qui s'agit-il? Est-ce l'image de moi-même qui est en train de souffrir (mais une image peut-elle souffrir ?) ou bien est-ce le corps qui souffre? » Ce type de questions que l'on pourrait qualifier d'introspection éclairée, amène à une exploration de cette entité qu'on appelle moi-même. Cette exploration utilise la faculté la plus naturelle de la conscience qui est l'attention. La compréhension ne peut se faire qu'à travers une observation non sélective, c'est-à-dire une attention ouverte et dégagée de tout a priori.

Que peut amener une telle observation? Au niveau corporel tout d'abord, une écoute non sélective permet de prendre note des tensions et réactions localisées plus particulièrement dans une partie du corps ou une autre.Cette écoute ne cherche pas à expliquer. Il s'agit de donner à la partie du corps qui souffre un espace, une respiration qui est inhibée par la contracture. De même qu'une mère couve son enfant, la conscience couve la souffrance, lui donne la possibilité de s'exprimer et de se résoudre. Au fur et à mesure que la contracture s'estompe, la tranquillité naturelle du corps se révèle comme un arrière-plan silencieux, présent mais non toujours exprimé. Dans ce processus de guérison, il n'y a pas à proprement parler d'intervention volontaire, mais une sorte de non-action consciente qui va permettre au corps de trouver sa juste place, son rythmes pontant, sa santé profonde.

Cette même qualité d'observation, lorsqu'elle explore les relations du corps et du mental, va rapidement identifier le fait que toute tension corporelle est en rapport avec une activité mentale et une réaction émotionnelle secondaire. Contracter le front, hausser les épaules, bloquer la respiration abdominale, sont autant de réactions corporelles liées à une attitude intérieure, par exemple vouloir quelque chose à tout prix, refuser une situation ou agir dans l'espoir d'une récompense. Le regard étant plus apte à discriminer, instantanément vont être identifiées la pensée qui crée un état de tension et la réaction au niveau corporel. Quand le processus est clairement vu, il y a comme un arrêt, une suspension mentale qui prélude au relâchement psychique et corporel. Le « lâcher-prise » est alors à l'oeuvre :perception, vision, compréhension instantanée puis abandon. Avec la pratique, on identifie très vite la légère crispation des épaules qui reflète une attitude défensive, le blocage respiratoire associé à l'implication émotionnelle dans la situation ou la contracture frontale liée à une concentration inutile. Ces schémas intéressent l'ensemble de la structure psychosomatique qui est alors identifiée comme un tout, où corps, émotions et pensées sont totalement interdépendants. Plus l'esprit est averti, plus il est aisé de ne pas rentrer dans les vieux schémas ou habitudes de défense, résistance, refus, contracture. L'observation enfin va se porter sur la structure même de la pensée, qui se réfère toujours à moi-je, personnage central et omniprésent, détenteur du passé, futur et présent: « j'ai fait, j'ai agi, je ferai, je souhaite, je veux ». De cette pensée racine je, naissent les personnages « tu », « il », « eux », autres protagonistes du théâtre humain. L'ultime question vient alors frapper à la porte : « Quel est le connaisseur de ce je, qui suis-je ? ». Un silence s'installe. Pas de réponse. Ce silence serait-il lui-même la réponse ? Pour la première fois, après tant de turbulences, le questionneur qui se retourne sur lui-même, ne trouve plus rien pour alimenter ses questions. Un silence plein remplace toutes les idées que l'on peut avoir sur soi-même. Ce silence qui se cherche lui-même, lorsqu'il se trouve, reste simplement là où il a toujours été. Le moi a regagné sa demeure. Tout effort est aboli. La simple idée de chercher quelque chose a disparu.Une plénitude consciente d'elle-même se révèle.

Le sacré en psychologie passe donc d'abord par un vécu, par une réalisation de notre vraie nature, désir qui sous-tend tout désir, recherche qui sous-tend toute recherche. Lorsque l'objet de cette quête se révèle à celui qui souffre, toute sa vision de l'existence et de lui-même se transforme de manière radicale. Les événements ne sont plus refusés ou subis, mais vécus comme une opportunité de compréhension libératrice. L'expression théâtrale de l'acteur identifié au rôle qu'il interprète cède la place à l'authentique expression d'un vécu unifié dans lequel le personnage central n'est plus moi, mais la vie elle-même. La liberté par rapport à soi-même apparaît comme la seule véritable liberté, non affectée par la succession d'événements qui porte le nom de destin.

Ce même regard porté sur la psychopathologie a l'éclairer d'un nouveau jour. Tout processus pathologique apparaît alors comme la conséquence d'une non-compréhension et se révèle donc porteur d'une opportunité de maturation.

La dépression, par exemple, est reliée à une recherche erronée de bonheur dans une situation, un événement, une relation, ou une idée de soi-même. Lorsque le bonheur est identifié comme directe expression de notre nature profonde, un espace se crée. L'événement perd de sa consistance, car n'est plus considéré comme cause de la souffrance. L'attitude intérieure est reconnue comme génératrice de souffrance. La transformation du regard est, en soi, acte de guérison.

L'angoisse de quelque chose n'est qu'un reflet d'une angoisse primitive de non-existence, d'anéantissement dans l'absolu silence. Le traitement de l'angoisse est donc une invitation à se confronter au silence intérieur, à l'habiter sans peur, à le vivre comme précurseur d'une plénitude non encore révélée.

L'obsession, pensée cristallisée et rigidifiée, est la contrepartie matérielle de l'obsédant désir d'être. Un glissement doit donc s'effectuer. La quête de perfection sous-jacente, une fois reconnue, se replace dans une juste perspective. La structure corps-pensée peut alors se relâcher et s'ouvrir à une vérité plus vaste. Le désir d'être retourne à l'être. Méditation, relaxation, compréhension sont ainsi les armes nouvelles d'une psychopathologie spirituelle qui vise à intégrer et unifier. Le sacré occupe la place prépondérante dans une approche thérapeutique globale. La réalisation de notre nature infinie est l'achèvement d'une thérapie véritable dans laquelle soignant et soigné ne sont que l'expression d'une seule et même conscience.

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