John Welwood
L’ego fonctionnel et directif
L’ego fonctionnel et directif
Psychologie
5 janv. 2026



temps de lecture 8 minutes
tiré de: Pour une Psychologie de l’Éveil
Une psychologie de l'éveil, qui reconnaît le domaine plus vaste de la conscience dénuée d'ego, pourrait reconnaître l'ego fonctionnel comme une structure mentale de transition, servant un but utile dans le développement humain. C'est un veilleur intérimaire, une fonction directive créée par l'esprit dans le but de mener sa barque dans le monde. Au départ, cela permet aux enfants de survivre, de fonctionner et de se développer au cours de leurs premières années, quand ils ne peuvent encore reconnaître ni exploiter pleinement la puissance de leur être plus vaste. L'eco est alors une structure de contrôle que nous développons pour des raisons de survie et de protection. Ce moi pense qu'il est le maitre et cette croyance procure un sentiment de stabilité et de sécurité nécessaire au développe ment de l'enfant.
L'ego sert donc un but utile de développement, telle une sorte d'homme d'affires ou de pestionnaire qui apprend e maîtrise les méthodes ayant cours dans le monde. Cependant la tragédie de l'ego est que nous commençons à croire que ce manager - ce soi de façade qui est en interface avec le monde - est qui nous sommes. On peut comparer cela au gérant d'une société qui prétend en être le propriétaire. Cette prétention crée de la confusion vis-à-vis de qui nous sommes réellement.
Il y a là un côté poignant. En tant qu'imitation de notre véritable nature, l'ego est un moyen d'essayer d'être. Si la vraie force pour faire face aux circonstances difficiles nous fait défaut, nous essayons d'être forts - en nous crispant et en nous renfermant. Comme nous manquons de véritable confiance, nous tentons de prendre de l'avance ou d'avoir le dessus - en faisant du forcing et en bousculant. N'ayant pas directement connaissance de notre valeur, nous essayons d'être aimés - en nous compromettant, en essayant de sauver nos parents ou de faire plaisir aux gens. Toutes ces tentatives peuvent être des moyens d'adaptation utiles durant l'enfance, car elles procurent un semblant des réelles ressources intérieures avec lesquelles nous ne sommes pas encore totalement en contact.
Selon le bouddhisme, l'ignorance est la racine de la souf-france. Mais, comme l'a enseigné le sage indien Sri Aurobindo, l'ignorance est simplement une connaissance incomplète. En ce sens, l'ego est une forme de connaissance incomplète - une tentative de nous connaître comme étant réels et capables, plutôt que déficients. Cette connaissance est incomplète parce qu'elle opère uniquement à la surface de notre nature, comme une façade extérieure, et qu'elle n'est pas enracinée dans la vraie réalité de notre être. C'est une situation poignante car l'ego, le soi directif, est en train d'essayer ardemment de faire la chose juste, sans jamais vraiment y par venir.
C'est pourquoi critiquer l'ego revient à condamner un enfant parce qu'il n'est pas adulte. Notre personnalité est simplement une étape sur le chemin. Au lieu de donner libre cours à la persécution de l'ego, il est plus utile de l'approcher en appréciant comment il fait de son mieux et en ayant un peu de compassion pour son échec final.
En fait, si nous définissons la force de l'ego comme la capacité d'opérer de façon efficace dans le monde, sans être débilité par des conflits intérieurs, il est certain qu'aucun mai-tre oriental n'aura la moindre objection à cela. La notion bouddhiste d'absence d'ego n'est pas destinée à contrecarrer la force de l'ego dans ce sens-là. Du point de vue pratique, la plupart des enseignants spirituels admettent que l'établissement d'un sentiment de confiance est une base importante pour la pratique spirituelle, qui vise à abandonner tout à fait la fixation sur soi.
Toutefois, à un certain stade du développement adulte, il se peut que nous commencions à reconnaître que les efforts acharnés de l'ego ne fonctionnent pas vraiment. Nous découvrons la douloureuse vérité : le Magicien d'Oz qui prétend contrôler les choses en coulisses n'a pas un réel pouvoir pour tenir ses promesses - la maîtrise ou la satisfaction à laquelle il se prétend capable d'arriver. Comme le maitre russe Gurdjieff avait coutume de dire, je ne peux rien faire. Exactement comme la digestion et la circulation sanguine se font d'elles-mêmes, l'action, la décision, la compréhension et le sentiment authentiques proviennent, en vérité, d'une grâce et d'une intelligence plus vastes qui demeurent extérieures à l'emprise de l'ego. À un certain point de notre développement, il est temps d'abandonner la structure artificielle de contrôle qui autrefois nous servait si bien.
Ainsi, dans une perspective spirituelle plus large, le soi-ego central, autour duquel tournent les vies de la plupart des gens, est dans le meilleur des cas une première étape de développe-ment, plutôt qu'un principe organisateur, ultime et indispensable, de la conscience. Réifier l'ego en tant que structure nécessaire et durable de la psyché - comme le fait la psychologie occidentale - ne fait que solidifier sa position centrale dans nos vies et nous empêche de nous mouvoir au-delà de lui. Si le petit soi directif dirige notre vie, ce n'est pas parce que l'ego est indispensable, mais parce que nous n'avons pas trouvé de principe plus grand pour nous guider. L'ego est un prétendant au trône; il s'assied sur le siège du vrai souverain qu'est notre vraie nature, notre être plus vaste.
Une fois que nous ne considérons plus l'ego comme une structure permanente, nécessaire au fonctionnement équilibré de la psyché ou à une action efficace dans le monde, nous pouvons commencer à reconnaître de quelle manière des capacités d'équilibre, d'harmonie, d'intégration, de pouvoir et d'action habile sont des ressources inhérentes à notre nature plus vaste. Au fur et à mesure que ces capacités plus grandes de l'être sont découvertes, elles peuvent prendre en charge des fonctions que l'ego-soi dirigeant gérait auparavant. Il devient alors possible d'œuvrer dans le monde d'une manière qui ne nous coupe pas de notre être.
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