Roger Godel
Essais sur l’expérience libératrice
Essais sur l’expérience libératrice
Psychologie
6 janv. 2026



temps de lecture 12 minutes
tiré du livre “Essais sur l’expérience libératrice”
À mesure que les découvertes des physiciens, depuis cinquante ans, élèvent et élargissent le champ de l'investigation scientifique, les notions familières sur lesquelles se fondait le « sens commun » ont dû subir de sérieuses révisions. À la lumière des recherches récentes, combien profondément se sont transformés les concepts de matière et d'énergie, de temps, d'espace, de causalité et de loi.
Le micro-physicien - qu'il s'adonne au travail expérimental dans son laboratoire, ou qu'il procède sur le tableau au développement d'opérations mathématiques - se comporte en philosophe. Nécessairement il doit faire entrer dans ses spéculations des données relatives au temps et à l'espace ; et ces notions, de même que celles de causalité, de déterminisme, de probabilité subissent au cours des opérations mentales auxquelles il se livre d'amples transformations. Son affranchissement à l'égard des routines de la pensée ne connaît pas de limites. D'étape en étape, il est conduit par la fonction investigatrice, opérant à travers lui, à rectifier sa vision du monde. C'est là une exigence première de la discipline mentale qui préside à ses découvertes. Sa pensée se recristallise, à chaque phase, en des formes sans cesse renouvelées. On est en droit d'espérer aujourd'hui que les savants dont les travaux s'appliquent à la connaissance de l'homme - les biologistes, les médecins et surtout les psychologues - suivront la voie ouverte par leurs collègues, les physiciens.
Ceux-ci, par l'effet d'un prodigieux labeur soutenu pendant plus d'un demi-siècle, ont mis à découvert la structure intime de l'atome ; le champ de force central, qui en détermine la configuration, les propriétés et le dynamisme, nous apparaît dans son axe - le noyau. Mais pour acquérir une vision adéquate de ce plan nucléaire, le savant a dû faire subir à sa pensée une véritable transmutation ; sa conscience s'est haussée à des niveaux de spéculation encore inconnus de l'homme pensant jusqu'à ce jour.
Sans doute un semblable effort est exigé du psychologue dépouillement, affranchissement à l'égard des routines de l'esprit et des modes classiques de penser, exaltation du niveau de conscience.
À ce prix seulement, il lui sera donné de découvrir la structure entière de la psyché et l'axe de gravitation autour duquel elle s'ordonne.
Une singulière analogie rattache en effet, symétriquement, l'ordre qui régit la matière et celui qui préside aux dynamismes psychiques. L'assimilation de ces deux « règnes » sur un schéma peut être poussée fort loin. De même que les fonctions électro-chimiques de l'atome relèvent exclusivement du champ nucléaire, ainsi toutes nos déterminations procèdent de l'axe de notre être. C'est en ce point que réside la véritable nature de l'homme et non pas sur les orbites extérieurs où gravitent, telles des électrons, les forces dérivées.
Le physicien, désireux d'obtenir une représentation mentale aussi exacte que possible du noyau atomique, conforme son esprit à l'objet de sa recherche ; il abandonne les notions courantes de substance, d'espace, de temps, de causalité. Pareille discipline s'impose au psychologue dans sa recherche du centre déterminatif de la psyché. La conscience ne se situera dans cet axe que si les expériences relatives à la durée, à l'espace, à l'action, à la forme se trouvent, par elle, dissoutes et transcendées. Une telle entreprise n'est pas une chimère.
La psyché, dans certaines conditions d'expérience, peut s'affranchir des relations de temps et d'espace ; c'est là un fait incontestable que les parapsychologistes ont récemment établi sur des recherches rigoureusement scientifiques.
Ainsi, avec l'avènement de cette technique d'investigation qu'on nomme la parapsychologie, des plans de conscience nouveaux se révèlent à l'explorateur de la psyché. Certaines fonctions mentales - la précognition, la cryptaesthésie - démontrent que l'homme peut établir, par voie de perception ultra-sensorielle, un contact avec des événements à venir, et aussi avec des phénomènes localisés à de lointaines distances. Ces faits ont été dûment constatés et étudiés en laboratoire par des observateurs qualifiés. Ils nous obligent à réviser entièrement notre conception du temps et de l'espace et celle du moi individuel ; une fonction perceptive existe en nous à l'état potentiel qui peut s'orienter dans toutes les directions du continuum espace-temps.
Cette découverte apparaîtra sans doute déconcertante. Elle s'impose pourtant à l'attention depuis qu'elle a été établie par d'innombrables travaux. Un biologiste aussi éminent que Julian Huxley admet sans conteste la valeur démonstrative de ces faits : « À l'autre extrémité de l'échelle biologique, écrit-il, nous avons les phénomènes qui ne peuvent encore être expliqués en fonction d'aucune de nos connaissances établies, ni classés dans un cadre général de théorie scientifique ; nous voulons parler de la télépathie, clairvoyance, précognition ou connaissance de ce qui ne s'est pas encore accompli, et ainsi de suite. Ces faits sont encore entièrement inexpliqués, mais au cours de ces vingt dernières années leur authenticité a été pleinement établie. »
Qu'une certaine fonction perceptive de l'esprit puisse opérer dans toutes les directions du volume espace-temps, c'est donc un fait qui repose fermement sur des bases expérimentales.
Mais aussitôt de pressantes questions nous assaillent. Dans quelle mesure et jusqu'à quel niveau hiérarchique de sa psyché, l'homme est-il soumis au déterminisme temporel et spatial ? Peut-il dépasser le niveau où se manifestent les fonctions parapsychologiques et, les abandonnant derrière lui, accéder à un plan ultime de la conscience ? Au-delà du temps, de l'espace et de la forme, qu'adviendrait-il de lui s'il s'établissait, par l'expérience transcendante, en ce centre absolu - à la source de son être ? Il disposerait à son gré des énergies et des possibilités de transmutations inhérentes au champ nucléaire ; se situant par-delà toute limitation de personnalité il serait à tout instant le créateur de sa personne.
S'il est permis d'admettre l'authenticité de cet état de suprématie, une extraordinaire découverte s'offre à nos réflexions ici s'affirmerait dans l'absolu de sa nature sans ombres, une réalité que le phénomène de la dégradation temporo-spatiale ne peut atteindre et altérer, une position de la conscience affranchie des limites qu'impose à l'homme son égocentrisme.
Au niveau ultra-mental considéré, la mort perdrait toute signification car elle se situe sur le plan de la durée. L'expérience libératrice a serait-elle en vérité une connaissance de l'intemporel en nous ? S'il en était ainsi, l'éternité se révélerait dans cette transcendante intuition. Mais connaître et réaliser l'intemporel, n'est-ce pas situer la conscience à son origine, par-delà le flux du devenir et l'impermanence des choses ? À dire vrai, ce serait une expérience d'immortalité.
Un médecin exerçant sa profession au milieu du XXe siècle, un homme convaincu de la valeur réalisatrice inhérente aux sciences biologiques et médicales, poursuit néanmoins à travers diverses disciplines scientifiques une plus haute synthèse. Depuis plus de trente ans se pose à lui une question fondamentale, une question qui lui semble dépasser en importance toutes les autres et les inclure toutes : les fonctions psycho-mentales, dont fait usage l'homo sapiens de notre culture dans sa recherche de la connaissance, représentent-elles réellement le terme ultime des possibilités humaines ? L'homme atteindra-t-il jamais, par l'assouplissement et l'approfondissement des mécanismes mentaux dont il dispose virtuellement les promesses impliquées dans sa nature ? Certes, on serait en droit de l'espérer en voyant s'élargir au-delà de toutes prévisions les cadres entre lesquels la logique classique était enclose. Des principes épistémologiques nouveaux inspirent la philosophie des sciences contemporaines. Ils conduisent à une réalisation du rationnel, d'un rationnel sans cesse renouvelé, dans l'expérience technique. On assiste à l'absorption de la pensée géométrique dans une pangéométrie débordant les limites euclidiennes, à un dépassement de la physique maxwellienne et de la mécanique de Newton.
Des modes intensifs de pénétration dans le substrat des choses s'ouvrent à l'homme. D'autre part, la psychologie en est à ses premiers balbutiements. Que tient-elle en réserve pour les jours à venir ? Les fonctions de la mémoire, de l'attention, du discernement dans le temps et dans l'espace, d'analyse et de synthèse peuvent être portées à un degré d'acuité insoupçonnable.
Sans aucun doute, l'homme se meut encore aujourd'hui dans les brumes d'une semi-léthargie. Quelles voies doit-il emprunter pour sortir de l'état larvaire et s'éveiller à la pleine conscience de sa nature comme de la réalité ? Les rapides succès obtenus dans le domaine des sciences appliquées par les modernes psychotechniques l'incitent à perfectionner ce merveilleux outil l'intellect - à l'exalter,
Pour aller plus loin
Si l'expérience consciente te passionne, si tu as une question, un projet ou simplement l'envie d'échanger sur la conscience, la perception ou notre rapport au monde...
N'hésite pas à me contacter par mail ou messenger.
Pour aller plus loin
Si l'expérience consciente te passionne, si tu as une question, un projet ou simplement l'envie d'échanger sur la conscience, la perception ou notre rapport au monde...
N'hésite pas à me contacter par mail ou messenger.
Pour aller plus loin
Si l'expérience consciente te passionne, si tu as une question, un projet ou simplement l'envie d'échanger sur la conscience, la perception ou notre rapport au monde...
N'hésite pas à me contacter par mail ou messenger.